Charlene

Ce n’est pas facile et pourtant aujourd’hui je brise le silence et plus anonymement. J’ai été victime durant toute ma scolarité d’harcèlement scolaire. Et contrairement à ce que certains croient, c’est une maltraitance…

J’ai commencé l’école enfantine et je crois que je m’y plaisais. Je crois même y avoir eu des amis. En fait, pour vous dire, les années où je me sentais bien, j’en garde que peu de souvenirs. Pour faire court, mon enfance ressemble plus à un champ de bataille qu’à une fête foraine. Il s’est avéré que j’étais une petite fille très (trop) sensible. Je dérangeais. Il faut dire que j’avais beaucoup du mal à gérer mes émotions. Et oui, je pleurais pour rien. Mais vraiment pour rien ! On me disait un truc méchant, je pleurais. Forcément ça amusait mes camarades. Peut-être que ce n’était à la base pas méchant, mais vivre presque dix ans de moqueries, croyez-moi à la longue, ça use ! Au début si c’était gentil, c’est devenu de plus en plus cruel. C’était à qui me ferait pleurer en premier. Je me retrouvais seule face à une bande d’élèves se croyant marrants de me prendre pour leur souffre-douleur. Ce que j’ai ressenti à ce moment ? De la colère, de la tristesse, beaucoup. Mais surtout de l’incompréhension. 06 18 harcelementbanniere

Mes parents… C’est pas qu’ils ne m’ont pas soutenue, mais comment voulez-vous qu’ils agissent ? A la maison aussi je pleurais pour rien, je n’étais pas crédible. Et puis honnêtement, s’ils s’étaient interposés ça n’aurait qu'empiré ! Ils auraient encore eu une raison de se moquer ! Alors oui j’étais jalouse de ma sœur qui n’avait aucun mal à se faire des amis, de la relation entre elle et mon frère. Oui ça m’a fait mal que même à la maison je me sente exclue, même si je sais aujourd’hui que j’ai ma part de responsabilité. Moi je ne demandais rien si ce n’est une amie…


Et puis en 5e année, alors que j’avais 11 ans, nous étions invités à l’anniversaire de mon oncle. La cousine de ma cousine était là. On s’était déjà vu, mais cette fois nous avions vraiment discuté. On jouait ensemble. Lorsqu’il fut l’heure de partir, nous nous sommes échangé nos adresses. Nous avons commencé à communiquer par lettre. Elle était devenue ma confidente, mon amie, ma sœur de cœur. Pendant 5 ans nous nous voyions qu’aux anniversaires de cet oncle, puis quand elle eut l’âge de sortir, tous les week-ends nous étions ensemble. Je ne sais si je l’ai déjà remercié pour cela… Si elle passe par là, je sais qu’elle se reconnaitra. Merci ! Merci d’avoir été là, de ne pas m’avoir abandonnée. Même si on se voit moins, qu’on se parle moins, tu resteras celle qui m’a fait connaître les vraies joies de l’amitié.

Je crois que ce qui m’a aussi marquée, ce sont certains professeurs qui laissaient couler alors qu’ils étaient témoins eux, contrairement à mes parents. Je leur en ai voulu, et je pense avoir le droit ! Au lieu de dire quelques choses, ils regardaient et m’enfonçaient encore un peu ! Alors oui, je l’ai encore un peu en travers de la gorge ! Ça se passe encore aujourd’hui sous leurs yeux, et j’espère sincèrement qu’ils ne tolèrent plus de telles paroles.

L’entrée à l’école secondaire… Je pensais qu’enfin la roue tournerait… Oui elle a tourné, mais pas dans le bon sens. J’ai dû faire face à encore plus d’élèves s’amusant de ma sensibilité que je ne savais toujours pas contrôler. J’avais tout essayé pour la contrôler mais rien à faire, elle m’en voulait cette sensibilité. Ce que j’ai vécu à l’école primaire n’était donc rien face à ce qui m’attendait… Les coups d’épaule m’éjectant contre les casiers, les insultes, et toujours ces moqueries. Par contre leur mode d’opération n’avait pas changé : Se mettre à plusieurs… Quelle lâcheté !!

Oui, il m’est arrivé d’avoir des idées noires, bien entendus j’ai souvent voulu en finir… Mais heureusement j’avais cette amie dont j’ai parlé avant, j’avais ma passion pour l’équitation, cette envie de sans cesse me trouver à l’écurie. Et puis quoi que j’en aie pensé à ce moment-là, j’avais un ami bien plus fort que n’importe qui. J’avais cette présence que j’avais certes rejetée mais qui restait toujours près de moi : Dieu. Et puis je ne pouvais pas partir comme ça en laissant ma famille.

L’écriture m’a également beaucoup aidée à pouvoir me détacher de cette douleur. C’est au point que par moment j’avais honte de moi. On m’a souvent dit être le vilain petit canard dans ma famille. Mais c’est facile de juger quand on n’a pas subi ce que moi j’ai dû endurer. Je n’ai donc qu’une chose à dire pour citer une personne qui m’avait alors redonné l’espoir avec une simple phrase « Souviens-toi que vilain petit canard en grandissant, il est devenu le plus beau des cygnes. »

Au final, je vous pardonne. Parce que vivre avec la rancœur ça détruit. Et puis la vraie force n’est-elle pas de pardonner nos bourreaux ? Si certaines personnes tombent sur ce texte, et que par hasard vous vous en voulez, ce n’est pas la peine. Sincèrement, vous êtes pardonnés. J’ai avancé, j’ai grandi et aujourd’hui, cette sensibilité qui n’était qu’un défaut est devenue ma plus grande qualité ! Je n’irais pas jusqu’à vous remercier, mais je suis devenue forte grâce à ces années de malheurs. Et j’ai dû me battre pour être heureuse. Alors lorsque je vois le chemin parcouru je suis fière de moi, de ma vie et de ce que je suis !

La vie vaut la peine d’être vécue. Et si elle peut être blessante j’ai appris que la roue finit toujours par tournée.

Et encore une fois, tout ceci n'est pas pour faire mon "intéressante". Comprenez simplement que j'ai à cœur de briser le silence en espérant aider les autres..

 

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